Il fait nuit, avec ma torche je regarde mon gardenia, à distance respectueuse, je suis pieds nus. Je m'attendais au spectacle. Dans la journée j'avais repéré un sentier large de cinq centimètres, vaguement sinueux. Sur ce petit chemin la terre était à nue. Je l'ai suivi mais je savais d'avance où il allait. Tout droit, enfin presque, sur mon gardenia. La première fois j'avais imaginé le travail d'une petite famille de souris. Un peu culottées les souris, j'ai quatre chats. Le lendemain matin il n'y avait plus une seule feuille, plus une seule fleur sur le gardenia. Ce soir je les vois à l'oeuvre. Nenni de souris mais des centaines de fourmis rouges. C'est pour cette raison que je me tiens à certaine distance, elles dépassent largement le centimètre. Sur les branches, des fourmis cisaillent, une, deux, trois feuilles tombent. En bas, sitôt tombées, des fourmis les découpent en morceaux. Ensuite les morceaux découpés sont acheminés par le boulevard pour un périple d'une trentaine de mètres. Je le sais, la fourmilière est de l'autre côté du mur, dans la petite forêt. Pourquoi le gardenia ? Dans mon jardin il y a des dizaines de plantes mais c'est le seul arbuste qui subit ce déshabillage complet. Ne vous inquiétez pas pour lui, dans quelques semaines le gardenia sera de nouveau vert avec ses magnifiques fleurs blanches.
PS : Ce n'est pas une photo du gardenia