SOUVENIRS VOLÉS

SOUVENIRS VOLÉS

J'aime gober les huitres,
cette consistance gélatineuse
glissant dans ma gorge
évoque ce temps exquis

je parcourais les champs de bataille
pour avaler les yeux globuleux des cadavres encore chauds.
En ce temps là c'est ma drogue.
Les yeux gardent en mémoire la vie complète du défunt. Les visions les plus nettes sont les moments les plus intenses. Chaque fois que j'aspire un oeil, le film d'une vie en quelques secondes éblouie mon être. Je reste hébété sous la charge émotionnelle qui envahit toutes mes fibres. Je vois tout, l'amour maternel, les premières frayeurs, les joies, les peines, les peurs, les doutes. Je voyage aussi à travers le monde, j'admire des montagnes, des plages de sables blancs, des forêts fleurant bon l'humus. Je frissonne dans de sordides baraquements, je prends mes aises dans de fins palaces. J'ai la honte des souffres-douleur, l'arrogance des privilégiés. En apothéose il y a la mort, parfois elle vient sans prévenir, l'image s'arrête brutalement avec un soupçon de surprise, parfois elle glisse avec lenteur vers sa proie, droit dans les yeux. Alors c'est souvent la panique, la révolte, l'incompréhension, les regrets. Les champs de batailles sont idéals pour ces derniers instants, il y a toujours la peur et la rage, sentiments qui déchargent une transe au plus profond de ma moëlle épinière.
Je vole les souvenirs et quand un mort n'a plus de souvenir, la lumière ne peut le trouver, l'enfer non plus d'ailleurs. Le mort devient alors une âme errante, elle erre de par le monde, sans compréhension de son état, elle mugit son désespoir inaudible pour la plupart des humains.
Quand je dors des souvenirs s'esquivent de ma mémoire, ils s'accrochent alors aux âmes errantes, parfois une belle vie s'attache à un âme dépravée, parfois une vie méprisable s'attache à une âme pure. Ni l'enfer, ni le paradis accepte ces âmes dissonantes. Les âmes continuent à errer mais maintenant elles comprennent leurs états. Elles interviennent alors dans les affaires humaines, on les appelle les fantômes.
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# Posté le samedi 12 juillet 2008 21:22
Modifié le lundi 14 juillet 2008 20:41

SOUVENIRS D'UN VIEUX

SOUVENIRS D'UN VIEUX

Papy ! raconte nous comment c'était avant.

Je regarde mes petits enfants, les yeux tournés vers moi, la respiration presque arrêtée, prêts à s'extasier sur la magie de mes souvenirs. Mes yeux se voilent et je bascule dans un monde évanoui. La voix encore ferme malgré mes poumons déficients, je commence :
"Je ne me lasse jamais de contempler le départ d'une fusée. De mon jardin j'assiste à la fuite d'une étoile du sol kouroucien vers les cieux d'Afrique ou d'ailleurs. Mon intuition me souffle d'admirer un spectacle qui disparaîtra aussi sûrement que la droite traînée de son sillage. Le soleil couchant habille de lumière le chemin tracé et les vents jouent à disloquer cette victoire humaine.
Dans son ventre la fusée transporte deux boules bourrées de technologie, des satellites, ils seront accrochés là haut dans le ciel, comme les étoiles mais si loin qu'aucun oeil ne peut les voir. Ces satellites sont les amis des humains. Grâce à eux et à des petites boites qu'on appelle téléphone je peux discuter avec ChantalGuyane, ChantalGuyane est là-bas, de l'autre côtés de l'océan. Si tu sais marcher sur l'océan, il te faut 300 jours pour aller la voir. Avec les avions, grosses machines volantes, je mets 10 heures. Je vole au dessus des nuages. J'ai aussi une machine avec laquelle j'écris des textes, une machine dans laquelle je mets des photos. Les photos sont des représentations précises de la réalité qu'on peut admirer sur du papier ou sur un écran d'ordinateur. Comme les dessins que je fais sur la plage mais avec les vrais couleurs. Ce que je crée, si je veux, tous les gens de la terre peuvent le consulter. Comme moi je peux aussi consulter les travaux d'Ylpo, un ami de Bretagne ou rêver en feuilletant les photos de fête de Neni9."

Je me tais, dans quelques secondes les questions vont fuser et je serais bien incapable de tout expliquer. Aujourd'hui rien de tout cela n'existe, disparu dans le maelstrom violent de la pénurie. Dans des conflits religieux, les faméliques de la terre sont partis à l'assaut des citadelles consuméristes. La terre berceau est devenu théâtre tragique. La faim justifie les moyens mais il n'y avait plus de moyen pour rassasier la faim.
J'ai survécu dans un monde mort avec une poignée d'êtres humains; dans un ilôt de vie, loin de toute trace de ma civilisation. De par de là les terres dévastées, mes petits enfants découvriront un jour le monde aux réalisations grandioses mais aux réalités si mesquines, si égoïstes.
Mon coeur nostalgique soupire un monde idyllique, la raison exumera l'envers du décor.
# Posté le lundi 07 juillet 2008 21:32
Modifié le mardi 08 juillet 2008 07:06

TRAJECTOIRE RECTILIGNE

TRAJECTOIRE RECTILIGNE

Curiosité météorologique qui se répète de plus en plus souvent sous les tropiques. Sous l'effet de la chaleur une puissante traînée s'élève du sol pour se perdre dans le cosmos. Les vents capricieux modifient à leurs guise la rectitude initiale sous l'oeil perplexe d'un quartier de lune.
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# Posté le lundi 07 juillet 2008 19:56

GRISE VUE

GRISE VUE


Un grondement sonore noie le paysage, finalement, sous la pluie, cette vision de bidonville est plus charmante. Ce n'est pas un bidonville malgré les apparences, malgré cet assemblage de tôles disparates, de bois et de parpaings nus. C'est une entreprise, une menuiserie où même le dimanche les machines tournent. Heureusement pour nous, le vent du large éloigne le bruit strident des scies. Il y a sept ans, le patron de la menuiserie, propriétaire également de ma maison, m'a assuré qu'ils allaient bientôt déménager.
# Posté le jeudi 03 juillet 2008 22:27
Modifié le vendredi 04 juillet 2008 11:25

AUCUN RAPPORT AVEC LE TEXTE


J'aime gober les huitres,
cette consistance gélatineuse
glissant dans ma gorge
évoque ce temps exquis

je parcourais les champs de bataille
pour avaler les yeux globuleux des cadavres encore chauds.
AUCUN RAPPORT AVEC LE TEXTE
# Posté le jeudi 03 juillet 2008 20:13
Modifié le vendredi 04 juillet 2008 11:23